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Vittore Carpaccio (1460-1526)


Le Jeune Chevalier (1510)


Prisonniers du passé ? (14 min)


9599 visions, 5 commentaires
Note moyenne : 4.2 / 5  

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Excellent. A imiter

Explicite

Le manque peut être de dates

par Raphaël Vasseur, Étudiant


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Commentaire précis, sans fioritures, belle musique.

Ce n'est pas un peintre très connu; on aurait pu mettre quelques dates et repères.

par Anne lise Simon, professeur


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Ce chevalier séduit mais semble à contretemps de l’histoire de la Renaissance vénitienne, alors dominée par Giorgione, Titien ou Bellini. L’artiste et son modèle sont-ils prisonniers du passé ? En dépit de ses aspects novateurs, des incongruités visuelles de toutes sortes apparaissent à un œil attentif. Le film inscrit donc le tableau dans un contexte qui voit la figure du chevalier en armure devenir moins pertinente pour l’art militaire, pour se transformer en un terrain de rivalité artistique et symbolique extraordinaire. 

Conseiller scientifique : Patricia Emison, professeur d’histoire de l’art à l’Université du New Hampshire


INTERVIEW PATRICIA EMISON

Le Jeune chevalier de Carpaccio : prisonnier du passé ou de notre regard ?

Pour chaque épisode, CED réalise une interview fictive destinée à approfondir ou (auto)critiquer le film. Patricia Emison, professeur d’histoire de l’art à l’Université du New Hampshire et auteur de nombreux ouvrages sur la Renaissance et sur l'histoire de l'art a joué le rôle de conseiller scientifique. Dans cette interview, nous nous demandons si le film a trouvé les bons critères pour apprécier Carpaccio. Les réponses originales en anglais sont traduites en français.

CED > Il est difficile de ne pas éprouver de la sympathie pour ce tableau : entre le Seigneurs des anneaux ou le genre de “l’heroic fantasy” les chevaliers font partie de notre culture contemporaine, au point que cette image pourrait elle même passer pour un phénomène “tardif” (alors qu’il y a bel et bien des chevaliers en armure sur les champs de bataille à l’époque du tableau). Le film incorpore d’ailleurs des extraits du Lohengrin de Wagner (créé en 1850), qui est un des chevaliers du Graal.  Cette culture nous masque-t-elle quelque chose d’essentiel de l’oeuvre de Carpaccio ou témoigne-t-elle plutôt de sa force ?

Patricia Emison > The peculiar force of this image does owe something to its being painted in a more sophisticated style than we normally associate with tapestries and manuscripts of  the epoch of knights-errant, of Arthur and Roland, Tristan and Richard the Lion-Hearted.  Even at first glance the painting suggests a span of cultural history---medieval and Renaissance---rather than a single, focussed moment, and this has ensured that for subsequent generations the painting exerted the charm of a story book rather than an antiquarian or purely historical interest.  The allegorical elements lift it out of a documentary genre and yet, as a portrait, it is connected with someone's concrete aspirations and fears. Carpaccio created an image of the ideal knight that presented a real person rather than a type, no easy task.  Once the medieval period came back into fashion, in the nineteenth century, this image made the knights of illuminated manuscripts seem to come to life, as real as Sir Walter Scott's or Victor Hugo's characters. Nineteenth-century interest in the medieval depended in part on Renaissance images of knighthood such as this one. Knighthood wasn't outmoded until gunpowder redefined warfare, and that happened during the Renaissance.  So it is not only this painting, but the type it portrays, that appealed to the imagination of various historical epochs. Homer provided one essential part of our heroic ideal, the Arthurian tradition another. Carpaccio's painting, with its emphasis on youth and purity, belongs to the latter.

La force particulière de cette image tient effectivement à son style d'exécution, plus élaboré que celui que nous associons habituellement aux tapisseries et aux manuscrits de l’époque des chevaliers-errants, d’Arthur, de Roland, de Tristan ou de Richard coeur de Lion. Au premier coup d’oeil, l’oeuvre évoque davantage une durée -l’époque médiévale et la Renaissance- qu’un moment précis et singulier de l’histoire culturelle : c’est ce qui lui permet d’exercer le charme d’un livre de contes sur les générations suivantes, plutôt que de présenter seulement un intérêt “antiquaire” ou purement historique. Ses éléments allégoriques la hissent au dessus du genre documentaire, quoiqu’en tant que portrait, il soit bien lié aux aspirations et aux peurs concrètes d’un individu réel. Carpaccio, malgré la difficulté que cela constitue, a créé une image de chevalier idéal qui représente en même temps une personne réelle et pas un simple “type”. Au XIXème siècle, quand le Moyen-âge est redevenu à la mode, cette image semblait ressusciter les chevaliers des manuscrits enluminés, leur donner la même réalité que celle des personnages de Sir Walter Scott ou de Victor Hugo. L’intérêt de ce siècle pour l’époque médiévale s’est notamment nourri d’ images de chevalerie réalisées à la Renaissance, telles que celle-ci. Or, la chevalerie n’est apparue dépassée qu’à partir du moment où la poudre à canon a changé les règles de la guerre, au cours de la Renaissance. L’attrait exercé sur l’imaginaire de différentes époques historiques n’est donc pas simplement celui de cette peinture particulière, mais celui du type plus général de la chevalerie qu’elle incarne. Homère a constitué un pan essentiel de notre idéal héroïque, la tradition arthurienne un autre, et c’est à cette dernière qu’appartient la peinture de Carpaccio, avec son accent mis sur la jeunesse et la pureté.

CED > Comme vous venez de le dire, Carpaccio doit sa redécouverte au XIXème siècle. Est-il exact qu’il a fallu attendre les pré-raphaélithes pour que Carpaccio soit à nouveau apprécié et considéré ? En comparant Carpaccio à Giorgione, Titien ou Léonard, le film permet-il de corriger certaines déformations propres au XIXème ou bien marche-t-il dans les pas de ses contempteurs, qui font du peintre un artiste “retardataire” ?

Patricia Emison > Fifteenth-century Florentine art acquired its own, independent reputation at the hands of the Pre-Raphaelites, who admired its naïveté.  This was a fundamental new insight, the emphasis previously having been on continuous improvement toward the goal of a representational art without any flaw. Although John Ruskin, mentor of the Pre-Raphaelites, praised Carpaccio's work, fifteenth-century Venetian art (to which Carpaccio's painting belongs, despite its date) never acquired an analogously full independence from the overbearing greatness of the painterly sixteenth-century Venetians, chief among them Titian.  Carpaccio and Bellini weren't as naïve or as simple as Fra Angelico and Piero della Francesca; their greater closeness, geographical and stylistic, to the detailed realism of northern art set them apart from the central Italian, more sculptural sense of form.  So whereas in Florentine art,  the early Renaissance and the High Renaissance came to be seen as two distinguishable moments of greatness (in Walter Pater's phrase, “that exquisite first period of the Renaissance” versus that “perhaps exaggerated or facile” second phase), in Venetian art the fifteenth century work was seen as less coherent a phenomenon and accordingly was relegated to the category of immature.  No Venetian Masaccio existed, who marked the moment when all old art other than ancient art became irrelevant.  Carpaccio practiced a style that was manifestly not medieval in flavor, but it also showed no cognizance of the new painterliness that was as important to the course of Venetian art as ancient cameos had been to the Florentine. Like the Florentines he prioritized line above color, and this made him, increasingly as Venetian style developed after his career, a man without a country.  In 1510 Carpaccio's style couldn't have looked innovative; that accolade belonged clearly to Giorgione.  But it is anyone's guess whether the notion of being retardataire had much significance before Vasari wrote his history of art (1550), glorifying the progress Florentines had made from Giotto to Michelangelo.

L’art florentin du XVème siècle acquit sa réputation propre et indépendante, sous la férule des préraphaélites, qui admiraient sa “naïveté”. C’était une perspective fondamentalement neuve, l’accent étant mis jusqu’alors sur l’idée d’un progrès continu vers la réalisation d’un art mimétique impeccable. Mais bien que le mentor des préraphaélites, John Ruskin, ait loué l’art de Carpaccio, l’art vénitien du XVème siècle (auquel la peinture de Carpaccio appartient, malgré sa date) n’acquit jamais une indépendance analogue et complète par rapport à la grandeur dominatrice de la peinture du XVIème siècle vénitien, et en particulier par rapport à Titien. Carpaccio et Bellini n’apparaissaient pas aussi naïfs ou simples que Fra Angelico ou Piero della Francesca : leur plus grande proximité, géographique et stylistique, avec le réalisme détaillé de l’art du nord de l’Europe les distinguait du sens plus sculptural des formes de l’Italie centrale. Par conséquent, alors que dans l’art florentin, la “première Renaissance” et la “Haute Renaissance” en vinrent à être perçus comme deux moments distincts d’excellence (selon l’expression de Walter Pater : “cette exquise première période de la Renaissance” opposés à cette seconde phase “peut-être exagérée et superficielle”), dans le cas de l’art vénitien les oeuvres du XVème étaient considérées comme un ensemble moins cohérent et ont été reléguées en conséquence au rang “d’art immature”. Il n’y avait pas de Masaccio vénitien, qui eût marqué le moment où tout l’art précédent, en dehors de l’art antique, aurait perdu sa pertinence. Carpaccio pratiquait un style dont le parfum n’était manifestement pas médiéval, mais qui ne marquait néanmoins aucune connaissance de la nouvelle manière très “picturale”, qui était aussi importante pour le développement des l’art vénitien que les camées antiques l’avaient été pour les florentins. Tout comme les florentins, Carpaccio privilégiait la ligne sur la couleur, si bien qu’il est progressivement apparu comme un apatride stylistique, en particulier lorsque le style vénitien s’est développé après la fin de sa carrière. En 1510, le style de Carpaccio ne pouvait paraître innovant, cette palme revenant clairement à Giorgione. Mais personne ne sait si la notion de “retardataire” avait un véritable sens avant que Vasari n’écrive son histoire de l’art (1550), et glorifie les progrès que les florentins avaient accompli depuis Giotto jusqu’à Michel-Ange.

CED > Encore aujourd’hui Carpaccio semble embarrasser : une récente histoire de l’art de la Renaissance chez Thames & Hudson ne lui consacre qu’une ligne sur 700 pages et Gombrich ne le cite pas du tout dans son Histoire de l’art. Carpaccio est-il véritablement mineur, ou est-ce à l’histoire de l’art de reconsidérer le peintre et sa conception de la Renaissance ?

Patricia Emison > For too long the history of art has been conceived of as a race to get ahead, ahead of one's colleagues and of one's own time.  Using such a metric, Carpaccio is a minor figure.  He did not lead to the next chapter; even Dürer, the foreigner trying to catch up with Italian artists, looks progressive when compared with Carpaccio. Carpaccio didn't exploit the potential of oil paint; he was a talented draughtsman in a culture (Venetian) that didn't much prize drawing.  But if we think of the history of art not as a cresting wave but as a lake with many strata of ecosystems, Carpaccio can come into his own.  His was an art of preternaturally precise naturalistic effect, of emblematic clarity of content,  with a sense of composition that fills the picture plane like a tapestry. The details are very realistically depicted, but the overall effect is planar.  No motif dominates, not even the face of the portrait subject.  Carpaccio's art is determinedly undramatic; instead it offers many minor incidents, painstakingly balanced to create a complex whole.  It describes rather than enacting.

Depuis trop longtemps, on a conçu l’histoire de l’art comme une espèce de course de vitesse, où l’artiste est censé être en avant de ses confrères et même de son époque. Selon un tel critère, Carpaccio apparaît bien comme mineur : ce n’est pas un “artiste charnière”. Même un artiste étranger, Dürer, paraît plus progressiste que Carpaccio, en cherchant à rivaliser avec les artistes italiens. Carpaccio n’a pas tiré parti du potentiel de la peinture à l’huile, et était un dessinateur de talent dans une culture -celle de Venise- qui n’attachait pas beaucoup de prix au dessin.

Mais si nous concevons l’histoire de l’art non pas comme une grande lame de fond, mais comme un lac avec différents écosystèmes stratifiés, Carpaccio possède sa place propre : celle d’un art aux effets naturalistes d’une précision plus que naturelle, d’une clarté de contenu emblématique, doté d’un sens de la composition qui tend à remplir l’espace du tableau comme une tapisserie. Les détails sont dépeints d’une façon très réaliste, mais l’effet général demeure plan. Aucun motif ne domine, même celui du visage du personnage portraituré. L’art de Carpaccio est résolument anti-dramatique ; au contraire, il offre un grand nombre d’incidents mineurs minutieusement équilibrés pour créer un tout complexe. Il nous livre les éléments d'une histoire, sans la mettre en scène

CED > Dans la conclusion du film, nous essayons de faire de son esthétique un autre “genre” que celui du Titien, de Giorgione ou de Bellini, mais comment mieux la qualifier que par les termes de “bizarre” et de “merveilleux” ? Ces termes pourraient laisser penser que Carpaccio est une espèce de surréaliste avant la lettre, qui collerait des figurines découpées chez Pisanello à la manière de Max Ernst !

Max Ernst, indécente amazone

Patricia Emison > Few artists are less surreal than Carpaccio, who pursues the prosaic with a vengeance. But he came from a tradition in which one assembled the whole from studies of animals and plants accumulated in model books. What strikes us now as slightly surreal is the simultaneity of things that never could have been simultaneous, milder examples than the umbrella and the sewing machine on the operating table so beloved of Surrealists, but nevertheless disconcerting in their incongruity. One might say his world is digital rather than surreal:  one element doesn't cohere with its neighbor, but each element dwells in its own particularity. The blue iris and the knee piece of the armor; the various straps that tie the armor onto the knight's legs; the way the swimming frog fits within the frame of iris leaves---all of these elements co-exist rather than complementing one another (with the exception that the stem of that iris quietly echoes the contour of the knight's calf).  But for Carpaccio, borrowing from Pisanello was a legitimate shortcut, not an act of dislocation.

Carpaccio est si déterminé à saisir le prosaïque qu’il est difficile de trouver un artiste moins “surréaliste”. Il est néanmoins issu d’une tradition consistant à créer des images en assemblant des études particulières d’animaux et de plantes accumulées dans des carnets de modèles. Ce qui donc nous frappe aujourd’hui comme légèrement “surréel”, c’est le fait de présenter simultanément des choses qui n’auraient jamais pu apparaître en même temps : même s’il reste déconcertant par son incongruité, le cas reste donc bénin en comparaison de “la rencontre fortuite d'une machine à coudre et d'un parapluie sur une table de dissection” (ndrl : citation des Chants de Maldoror, Lautréamont) chère aux surréalistes  ! On pourrait dire que son monde est plus “digital” que “surréaliste” : les éléments ne sont pas reliés entre eux, chacun demeure enfermé dans sa propre particularité : l’iris bleu et la pièce d’armure du genoux, les différentes lanières qui servent à attacher l’armure aux jambes du chevalier, la façon dont la grenouille en pleine nage se tient exactement dans le cadre formé par les feuilles de l’iris -tous ces éléments cohabitent plutôt qu’ils n’interagissent les uns avec les autres (à l’exception de la tige de l’iris qui fait tranquillement écho aux contours des mollets du chevalier). Pour Carpaccio, emprunter des motifs à Pisanello était un moyen rapide et légitime de travailler, pas un acte de dislocation de la réalité.

Détails du tableau : la grenouille, l’iris et les lanières (à gauche), le lys (à droite)

CED > Nous nous sommes beaucoup interrogés sur notre regard, et ce qui peut le conditionner. Ces incongruités qui nous frappent dans l’oeuvre comme des problèmes de logique (le tronc d’arbre qui se retire par exemple face au coude du chevalier, ou encore l’ombre famélique à droite du chevalier) peuvent-ils être qualifiées de maladresses, voire de fautes ? La position du paon et de l’enseigne du Jeune chevalier évoque l’enseigne qui passe derrière les arbres dans une caricature célèbre de Hoghart sur les erreurs de perspective publiée deux siècles plus tard en 1754...

Patricia Emison > Carpaccio's painting is expertly constructed, but according to an expertise that belongs more to the tail end of Gothic naturalism than to the bold strokes of High Renaissance artists.  He practiced craft---highly refined craft---rather than aspiring to genius. Landscape painting in Italy was in its infancy (arguably the Italians never developed much of an interest in landscape per se), and none of his contemporaries could paint so detailed  a landscape with a more convincing sense of space than this: Giorgione's landscapes depended upon their shimmering tonalities and their bold painterliness to convey the vastness of receding terrain in all its indistinctness.  The lighting in his paintings conveyed the differing tactility of objects; Carpaccio's painting, with the exception of the gleaming carapace of armor,  doesn't offer much to the sense of touch.  Objects fit together like jigsaw pieces rather than rubbing against each other in three-dimensional space.  Carpaccio's visual world is like a Gregorian chant with no sense of dynamics but, instead, an intricate complexity (see this link) ; Giorgione's landscapes hint at Beethoven, with broad contrasts and sweeping grandeur.  The eye moves slowly through a Carpaccio, and with so many objects delineated and in such even light, it is difficult to avoid the odd accidental juxtaposition. His aim being clarity of form,  he preferred to avoid the obscurity either of shadows or of overlaps.  His sense of the two-dimensional surface for a long time made him look retardataire, but from our perspective makes him overdue for new admiration, as happened to Piero della Francesca almost a century ago, when his geometrical sense of form was rediscovered by eyes accustomed to Cubist painting. Carpaccio painted for the sake of the surface: the knight doesn't belong to the landscape, but vice versa.  His posture is an assumed pose rather than a stopped instant of an action.  The picture neither convinces us that it extends beyond what we see temporally nor spatially.  One might characterize it as a very elaborate icon of a knight who is cast as morally pure but not as saintly: static, emblematic, meant to impress rather than convince at any intuitive or gut level.

L’oeuvre de Carpaccio est construite de façon experte, mais selon un type d’expertise qui correspond plus à l’extrême fin du naturalisme gothique, qu’aux traits d’audace des artistes de la haute Renaissance. Plutôt que d’aspirer au génie, il visait l’artisanat, mais un artisanat extrêmement raffiné. La peinture de paysage en Italie en est alors encore au début de son développement (et sans doute peut-on affirmer que les Italiens n’ont jamais développé un intérêt fort pour le paysage “en soi”) et aucun de ses contemporains ne pouvait peindre au paysage aussi détaillé avec un sens de l’espace aussi convaincant que celui-ci : les paysages de Giorgione reposent sur leurs tonalités chatoyantes et leur picturalité qui évoque l’épaisseur du terrain vu en perspective, avec son côté impalpable. Le traitement de la lumière exprime les différents type de toucher de surfaces, tandis que la peinture de Carpaccio, à l’exception de la carapace scintillante de l’armure, n’offre guère de matière au sens du toucher. Les objets s’emboîtent ensemble comme des pièces de puzzle, plutôt que de se toucher comme dans un espace à trois dimensions. Le monde visuel de Carpaccio est comme un chant grégorien, à la complexité très minutieuse, mais sans sens de la dynamique (ndrl : elle est caractérisée par son “rythme libre” selon l’Oxford dictionary, voir aussi ce lien) ; les paysages de Giorgione pointent plutôt vers Beethoven, ses larges zones contrastées et sa grandeur majestueuse. L’oeil se déplace lentement à travers un Carpaccio, avec tant d’objets représentés sous une lumière égale qu’il est difficile d’éviter d’étranges juxtapositions accidentelles. Son but étant la clarté des formes, il préfère éviter l’obscurité, celle des ombres ou des superpositions. L’impression qu’on trouve chez lui d’une surface à deux dimensions l’a longtemps fait passer pour “arriéré”, mais dans notre perspective le rend digne d’une nouvelle admiration tardive, telle que celle qui s’est produite pour Piero della Francesca il y a un siècle, quand son sens géométrique des formes a été redécouvert par des regards habitués à la peinture cubiste. C'est la surface qui intéresse Carpaccio : le chevalier n'appartient pas au paysage, c'est le paysage qui appartient au chevalier. Sa posture est une pose assumée plutôt qu’un instant suspendu d’une action en cours. On pourrait caractériser le Jeune Chevalier comme l’icône extrêmement recherchée d’un chevalier qui se veut moralement pur sans être saint : statique, emblématique, destiné à impressionner, plutôt qu’à persuader à un quelconque niveau intuitif ou viscéral.

CED > Pour terminer, qui a-t-il de Carpaccio qui ne soit pas dans le Jeune Chevalier ? A quelles autres oeuvres du peintre ou de ses héritiers, nous conseillez-vous de regarder et pourquoi ? Quels livres ou articles faut-il lire en priorité pour mieux comprendre Carpaccio ?

Patricia Emison > Carpaccio's Berlin Entombment and the Meditation on the Dead Christ in New York rank among the creepiest of Italian Renaissance images:  all the more macabre for their meditative stillness. He is more the Venetian Mantegna than was Giovanni Bellini, Mantegna's brother-in-law, though in a different, more picturesque mode that allows for fascination with decay.  If Mantegna is Shakespeare (both sharing a pervasive sense of human dignity and endowing their figures with an ideal eloquence), then Carpaccio (with his slight awkwardness, reticence, and hint of absurdity) is Cervantes.

His much-discussed painting of Two Venetian Women seated on a balcony (Museo Correr) is, in my opinion, one of the most amusing paintings in the history of art. The dour Ruskin thought it the best picture in the world (Bellini got second and third). Whatever else it may be, it is a brilliant character sketch.

Similarly, Carpaccio's Miracle of the Relic of the True Cross at the Rialto is a gripping record of urban life, from pageant finery to laundry lines and chimney pots, all enlivened by anecdotal details and by one of those stunningly believable sunsets that the Venetians introduced to the history of art. The miracle is of less interest than daily life in a city imbued with a sense of pageantry. It is a painting no one could fail to find endlessly curious; the circumstance that it and its companion pieces depicting other miracles of the relic of the True Cross are not better known offers us a good argument against reducing the history of art to a history of stylistic innovations (as though art were science).  The style of Carpaccio's Miracle of the True Cross may not exemplify the Renaissance as a highly progressive epoch, but it is a nevertheless a great and lovable painting.

Vittorio Sgarbi's beautiful big volume, Carpaccio, 1994 is a good place to begin to read about the artist.  John Ruskin's encomium in St. Mark's Rest (1884) remains well worth looking up.  And Vasari's Life of Carpaccio, whom he calls Scarpaccia, although not particularly appreciative or extensive, does include praise of the painter's diligence and of his ability to portray landscape.  Lastly, Erich Auerbach's Mimesis contains a meditation on the distinction between legend and history that viewers of Carpaccio might want to keep in mind:  “To write history is so difficult that most historians are forced to make concessions to the technique of legend.

La Mise au tombeau de Berlin ou la Méditation sur le corps mort du Christ de New York comptent parmi les images de la Renaissance italienne, qui sont le plus à donner le frisson, l’effet de macabre étant amplifié par leur immobilité méditative. Davantage que Giovanni Bellini, pourtant beau-frère de Mantegna, Carpaccio peut être qualifié de “Mantegna vénitien” quoique selon un mode différent, plus pictural, qui permet au peintre de se vouer à sa fascination pour ce qui tombe en ruine. Si Mantegna était Shakespeare -tous deux partageant un sens pénétrant de dignité humaine et conférant à leurs personnages une éloquence idéale-, alors Carpaccio serait Cervantès -pour sa légère étrangeté, réticence, et sa touche d’absurdité.

Ses Deux femmes vénitiennes assises sur un balcon, dont on a tant parlé, sont, selon moi, l’une des peintures les plus amusantes de l’histoire de l’art. Le sévère Ruskin la tenait pour la meilleure peinture du monde (Bellini occupait les deuxième et troisième places). Quoiqu’elle puisse être d’autre, il s’agit d’une brillante étude de caractères.

Dans le même ordre d’idées, le Miracle de la Relique de la vraie croix au Rialto est une retranscription palpitante de la vie urbaine : des plus beaux atours d’une fête fastueuse au lignes d’étendage de linge, en passant par les cheminées, le tout animé par des détails anecdotiques et par l’un de ces couchers de soleil remarquablement vraisemblable que les Vénitiens ont introduit dans l’histoire de l’art. Le miracle y apparaît finalement moins intéressant que la vie quotidienne d’une ville imprégnée du sens de la pompe. Il s’agit d’une oeuvre qui suscite une curiosité irrépressible et sans fin : le fait que ce tableau ou ses pendants ne soient pas mieux connus nous offre une bon argument contre la réduction de l’histoire de l’art à une histoire des innovations stylistique (comme si l’art était une science). Le style du Miracle de la vraie croix n’illustre pas une Renaissance hautement progressiste, mais il s’agit néanmoins d’une oeuvre grande et digne d’être appréciée.

Le bel et grand ouvrage de Vittorio Sgarbi, Carpaccio (1984) constitue une bonne lecture de départ sur l’artiste. L’éloge de John Ruskin sur le Repos de St-marc (1884) vaut largement la peine d’être consulté et la vie de Carpaccio, par Vasari, qu’il appelle Scarpacci, bien qu’elle ne soit ni particulièrement reconnaissante de son mérite ni approfondie, comporte néanmoins un éloge du zèle du peintre et de sa capacité à dépeindre un paysage. Pour finir, la Mimesis de Erich Auerbach comporte une méditation sur la distinction entre la légende et l’histoire que les spectateurs de Carpaccio pourraient garder à l’esprit : “Ecrire l’histoire est si difficile que la plupart des historiens sont obligés de faire quelques concessions à la légende”.

***

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  5  messages

Raphaël Vasseur

Le 27 Avril


vidéo très explicite et très intéressante du tableau

 

Hélène DERBEKIAN

Le 23 Novembre 2013


1 visiteurs sur 1 ont trouvé ce commentaire intéressant

Article extrêmement passionnant surtout pour ceux qui sont passionnés par l'Italie et la peinture en général

- je reverrai la vidéo x fois

Votre travail est une mine de renseignements et un véritable bonheur. Merci

 

 

 

 

 

benoit de sagazan

Le 10 Juin 2013


3 visiteurs sur 3 ont trouvé ce commentaire intéressant

A quel musée ou collection l'oeuvre appartient-elle ?

remydiaz

Le 17 Juin 2013


1 visiteurs sur 1 ont trouvé ce commentaire intéressant

Bonjour Benoit,

La toile est au musée Thyssen-Bornemisza, à Madrid. 

Erwan

Le 31 Mai 2013


La musique de début (question de Fanny dans les évaluations) est Lohengrin de Wagner (voir tous les crédits musicaux dans l'onglet "Musiques" ou dans le générique final)

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EVELYNE : 25€ le 18 décembre 2013
BENOIT : 150€ le 18 décembre 2013
Jacqueline : 100€ le 18 décembre 2013
Nadia : 150€ le 18 décembre 2013
agnès : 100€ le 18 décembre 2013
mireille : 150€ le 18 décembre 2013
huguette : 25€ le 18 décembre 2013
felicien : 10€ le 18 décembre 2013
Elyse : 50€ le 18 décembre 2013
BEATRICE : 10€ le 18 décembre 2013
BEATRICE : 50€ le 18 décembre 2013
Philippe : 150€ le 18 décembre 2013
François : 25€ le 18 décembre 2013
alain : 25€ le 18 décembre 2013
Serge : 100€ le 18 décembre 2013
Josette : 25€ le 18 décembre 2013
Lise : 25€ le 18 décembre 2013
Jeanne : 100€ le 18 décembre 2013
sophie : 25€ le 18 décembre 2013
Sandra : 25€ le 18 décembre 2013
Michael : 25€ le 18 décembre 2013
Jean - Pierre : 200€ le 16 décembre 2013
JEAN FRANCOIS : 100€ le 14 décembre 2013
Jean Marie : 25€ le 13 décembre 2013
Antoinette : 150€ le 7 décembre 2013
Simone : 150€ le 7 décembre 2013
isabelle : 25€ le 6 décembre 2013
Ariane : 150€ le 6 décembre 2013
Gregoire : 150€ le 3 décembre 2013
Centre medical : 50€ le 2 décembre 2013
Marie-Thérèse : 100€ le 1 décembre 2013
Benoît : 25€ le 25 novembre 2013
nicole : 25€ le 25 novembre 2013
Urbain : 150€ le 23 novembre 2013
Dominique : 150€ le 21 novembre 2013
Florence : 150€ le 20 novembre 2013
Ita : 50€ le 20 novembre 2013
Françoise : 30€ le 20 novembre 2013
Emmanuelle : 150€ le 20 novembre 2013
Pascale : 15€ le 20 novembre 2013
Monique : 25€ le 20 novembre 2013
Christiane : 25€ le 19 novembre 2013
Veronique : 100€ le 17 novembre 2013
claude : 150€ le 16 novembre 2013
Jacqueline : 25€ le 14 novembre 2013
Clement : 25€ le 14 novembre 2013
Helene : 25€ le 14 novembre 2013
Annie : 150€ le 14 novembre 2013
Pierre : 20€ le 14 novembre 2013
Marc : 15€ le 14 novembre 2013
Maud : 20€ le 14 novembre 2013
Thérese : 25€ le 11 novembre 2013
Yvonne : 30€ le 11 novembre 2013
Muriel : 150€ le 11 novembre 2013
Véronique : 25€ le 9 novembre 2013
caroline : 10€ le 9 novembre 2013
Jean - Pierre : 100€ le 9 novembre 2013
monnier : 25€ le 9 novembre 2013
Maxence : 150€ le 8 novembre 2013
BALDON : 100€ le 8 novembre 2013
Daniel : 25€ le 8 novembre 2013
Christophe : 10€ le 8 novembre 2013
dominique : 25€ le 8 novembre 2013
Jean Marie : 10€ le 8 novembre 2013
Romain : 10€ le 8 novembre 2013
Gabrielle : 10€ le 8 novembre 2013
Josette : 25€ le 8 novembre 2013
DIDIER : 25€ le 8 novembre 2013
Michael : 25€ le 8 novembre 2013
christian : 50€ le 8 novembre 2013
Richard : 25€ le 8 novembre 2013
rose : 25€ le 4 novembre 2013
josiane : 25€ le 28 octobre 2013
michel : 150€ le 25 octobre 2013
Maryse : 10€ le 23 octobre 2013
Anne-Marie : 25€ le 22 octobre 2013
Gérard : 150€ le 15 octobre 2013
Françoise : 25€ le 10 octobre 2013
Norbert : 50€ le 9 octobre 2013
Renée : 50€ le 8 octobre 2013
Jacques : 150€ le 4 octobre 2013
cécile : 20€ le 3 octobre 2013
colette : 25€ le 2 octobre 2013
Catherine : 50€ le 2 octobre 2013
Françoise : 20€ le 2 octobre 2013
Dalia : 10€ le 2 octobre 2013
Nicolau : 25€ le 2 octobre 2013
Philippe : 25€ le 2 octobre 2013
Romain : 10€ le 2 octobre 2013
Michèle : 100€ le 2 octobre 2013
Stéphanie : 10€ le 1 octobre 2013
Pascale : 50€ le 30 septembre 2013
christian : 150€ le 30 septembre 2013
florence : 10€ le 24 septembre 2013
Thierry : 50€ le 17 septembre 2013
Emmanuelle : 25€ le 25 août 2013
Alain : 5€ le 22 juillet 2013
Nabil : 50€ le 19 juillet 2013
Marguerite : 100€ le 19 juillet 2013
lise : 25€ le 11 juillet 2013
Siloé : 1€ le 11 juillet 2013
Marie-Noelle : 20€ le 8 juillet 2013
Guy : 1€ le 2 juillet 2013
Paulette : 25€ le 2 juillet 2013
Michel : 25€ le 2 juillet 2013
Sil : 10€ le 2 juillet 2013
Nadia : 50€ le 2 juillet 2013
aude : 100€ le 27 juin 2013
maïté : 100€ le 26 juin 2013
benoit : 50€ le 10 juin 2013
virginie : 1€ le 9 juin 2013
Anne : 25€ le 3 juin 2013
JACQUELINE : 150€ le 31 mai 2013
Sophie : 50€ le 30 mai 2013
Emmanuel : 150€ le 29 mai 2013
Elisabeth : 150€ le 29 mai 2013
stephane : 10€ le 28 mai 2013
Pierre-John : 50€ le 10 mai 2013
Marie-Christine : 15€ le 10 mai 2013
jacqueline : 600€ le 5 mai 2013
Bernard : 100€ le 26 avril 2013
AUDE : 50€ le 23 avril 2013
Simon : 50€ le 23 avril 2013
Nicole : 25€ le 22 avril 2013
Jean Marie : 10€ le 16 avril 2013
Philippe : 10€ le 15 avril 2013
Françoise : 150€ le 15 avril 2013
marie andree : 25€ le 13 avril 2013
Marie-Christine : 15€ le 8 avril 2013
pierrette : 5€ le 1 avril 2013
Daniel : 50€ le 21 mars 2013
Andrea : 10€ le 21 mars 2013
Michele : 25€ le 21 mars 2013
Isabelle : 10€ le 15 mars 2013
Jean-Louis : 150€ le 15 mars 2013
Jean F : 25€ le 5 mars 2013
marie-dominique : 25€ le 28 février 2013
Veronique : 150€ le 22 février 2013
Jean Claude : 50€ le 22 février 2013
Costanza : 150€ le 21 février 2013
Martine : 15€ le 19 février 2013
Alina : 150€ le 19 février 2013
Françoise : 30€ le 7 février 2013
Leclercq : 150€ le 30 janvier 2013
Patrick : 50€ le 29 janvier 2013
Ariel : 150€ le 29 janvier 2013
Muriel : 25€ le 28 janvier 2013
nadine : 25€ le 25 janvier 2013
pierrette : 25€ le 24 janvier 2013
liliane : 50€ le 24 janvier 2013
lucile : 25€ le 20 janvier 2013
Hervé : 100€ le 31 décembre 2012
FRANCOISE : 150€ le 28 décembre 2012
annie : 10€ le 27 décembre 2012
miguel : 25€ le 21 décembre 2012
Caroline : 150€ le 19 décembre 2012
Louis : 25€ le 19 décembre 2012
Jessica : 10€ le 19 décembre 2012
Louis : 10€ le 18 décembre 2012
Claude : 150€ le 18 décembre 2012
JACQUELINE : 150€ le 18 décembre 2012
Anne-Franckline : 150€ le 18 décembre 2012
PHILIPPE : 150€ le 18 décembre 2012
Maryvonne : 1€ le 17 décembre 2012
Philippe : 25€ le 17 décembre 2012
jean-luc : 150€ le 17 décembre 2012
Valérie : 50€ le 15 décembre 2012
natacha : 1€ le 11 décembre 2012
christiane : 25€ le 8 décembre 2012
Daniel : 50€ le 6 décembre 2012
Bertrand : 15€ le 5 décembre 2012
Yannick : 150€ le 3 décembre 2012
sophie : 100€ le 2 décembre 2012
Antoinette : 150€ le 30 novembre 2012
François : 100€ le 29 novembre 2012
maryse : 100€ le 29 novembre 2012
Olivier : 100€ le 29 novembre 2012
Laurent : 300€ le 28 novembre 2012
jacqueline : 250€ le 27 novembre 2012
jacqueline : 250€ le 27 novembre 2012
Johann : 10€ le 20 novembre 2012
CHRISTOPHE : 25€ le 19 novembre 2012
Patrick : 25€ le 16 novembre 2012
Brigitte : 25€ le 15 novembre 2012
Michael : 25€ le 15 novembre 2012
Josette : 25€ le 4 novembre 2012
thierry : 25€ le 21 octobre 2012
mireille : 100€ le 8 octobre 2012
amandine : 1€ le 7 octobre 2012
Catherine : 50€ le 3 octobre 2012
anne : 25€ le 25 septembre 2012
elisabeth : 25€ le 21 septembre 2012
Olivier : 25€ le 18 septembre 2012
pascal : 25€ le 15 septembre 2012
Suzanne : 10€ le 12 septembre 2012
Carole : 10€ le 7 septembre 2012
: 30€ le 30 août 2012
nadia : 25€ le 7 août 2012
Pascal : 25€ le 19 juillet 2012
evelyne : 25€ le 2 juillet 2012
catherine : 25€ le 22 juin 2012
Paule : 25€ le 20 juin 2012
Christiane : 25€ le 20 juin 2012
JOELLE : 10€ le 20 juin 2012
Jean-Marie : 50€ le 20 juin 2012
nadine : 25€ le 20 juin 2012
Maryvonne : 1€ le 15 juin 2012
Elisabeth : 10€ le 15 juin 2012
Rossana : 25€ le 14 juin 2012
Jeanine : 10€ le 13 juin 2012
thierry : 100€ le 10 juin 2012
Marie-Joelle : 50€ le 9 juin 2012
Max : 50€ le 8 juin 2012
Pascale : 30€ le 7 juin 2012
Annie : 25€ le 7 juin 2012
christine : 50€ le 6 juin 2012
pierre : 50€ le 6 juin 2012
Franck : 25€ le 6 juin 2012
Julien : 100€ le 6 juin 2012
gallinaro : 25€ le 6 juin 2012
Michele : 100€ le 6 juin 2012
Marc : 50€ le 6 juin 2012
lucette : 50€ le 6 juin 2012
marguerite : 25€ le 6 juin 2012
MESLIN : 25€ le 6 juin 2012
Christophe : 100€ le 5 juin 2012
patrice : 50€ le 5 juin 2012
Sylvie : 50€ le 5 juin 2012
Françoise : 25€ le 5 juin 2012
louis : 25€ le 5 juin 2012
françoise : 25€ le 5 juin 2012
anne-marie : 50€ le 5 juin 2012
Hélène : 25€ le 5 juin 2012
MICHELE : 25€ le 4 juin 2012
Robert : 25€ le 4 juin 2012
Anne : 10€ le 4 juin 2012
Emilie : 50€ le 4 juin 2012
frederique : 25€ le 4 juin 2012
jean-luc : 50€ le 4 juin 2012
Manon : 5€ le 4 juin 2012
RENEE : 25€ le 4 juin 2012
sylvain : 10€ le 4 juin 2012
Richard : 25€ le 4 juin 2012
Francois : 50€ le 4 juin 2012
benoit : 25€ le 4 juin 2012
ANNE MARIE : 50€ le 4 juin 2012
isabelle : 25€ le 4 juin 2012
Frederic : 100€ le 4 juin 2012
lise : 25€ le 4 juin 2012
Saleha : 25€ le 4 juin 2012
aleth : 25€ le 4 juin 2012
Jocelyne : 25€ le 4 juin 2012
jean-pierre : 25€ le 4 juin 2012
Michael : 25€ le 4 juin 2012
jean-claude : 25€ le 4 juin 2012
Robert : 25€ le 4 juin 2012
Neike : 50€ le 3 juin 2012
Monique : 25€ le 3 juin 2012
Norbert : 50€ le 2 juin 2012
Nadia : 50€ le 2 juin 2012
Eric : 25€ le 31 mai 2012
maïté : 50€ le 30 mai 2012
Michael : 25€ le 30 mai 2012
aude : 25€ le 30 mai 2012
Jérôme : 10€ le 30 mai 2012
sandrine : 10€ le 29 mai 2012
sandrine : 1€ le 29 mai 2012
Josette : 25€ le 29 mai 2012
Maryvonne : 1€ le 25 mai 2012
Michael : 25€ le 24 mai 2012
Claude : 50€ le 24 mai 2012
CATHERINE : 25€ le 24 mai 2012
DGAYGUI : 100€ le 23 mai 2012
Olivier : 100€ le 23 mai 2012
Isabelle : 100€ le 23 mai 2012
Aurelien : 100€ le 23 mai 2012
Evelyne : 10€ le 23 mai 2012
Denise : 30€ le 22 mai 2012
Marie-Reine : 10€ le 22 mai 2012
Jean-Claude : 25€ le 22 mai 2012
Andrée : 50€ le 22 mai 2012
charon : 25€ le 21 mai 2012
Isabelle : 25€ le 21 mai 2012
Françoise : 25€ le 21 mai 2012
Michèle : 25€ le 21 mai 2012
armelle : 25€ le 21 mai 2012
anne : 25€ le 20 mai 2012
myriam : 25€ le 20 mai 2012
Jean-Yves : 25€ le 20 mai 2012
agnes : 10€ le 20 mai 2012
tong : 25€ le 20 mai 2012
Michael : 25€ le 20 mai 2012
thierry : 25€ le 20 mai 2012
Cristhine : 25€ le 20 mai 2012
patrick : 25€ le 20 mai 2012
Nicole : 200€ le 20 mai 2012
MICHELINE : 100€ le 20 mai 2012
Pierre : 10€ le 20 mai 2012
Lucie : 25€ le 19 mai 2012
Elisabeth : 25€ le 19 mai 2012
Costanza : 100€ le 17 mai 2012
Yves : 25€ le 17 mai 2012
frederique : 25€ le 16 mai 2012
Manon : 5€ le 16 mai 2012
Barbara : 100€ le 16 mai 2012
benoit : 25€ le 16 mai 2012
jean paul : 50€ le 16 mai 2012
stéphanie : 25€ le 16 mai 2012
Caroline : 25€ le 16 mai 2012
Jacqueline : 100€ le 15 mai 2012
marie odile : 25€ le 14 mai 2012
Jean-Claude : 50€ le 14 mai 2012
Marie : 50€ le 14 mai 2012
Mathias : 25€ le 14 mai 2012



Générique

Partenaires

Google Art Project

Ministère de la Culture et de la Communication

Ministère de l'Education nationale

Devenir partenaire
L'équipe

Réalisation & scénario

Erwan Bomstein-Erb

Expertise scientifique

Patricia Emison

Production

Erwan Bomstein-Erb

Rémy Diaz

Traduction anglaise

Vincent Nash

Voix-off

Erwan Bomstein-Erb (français)

Mark Jane (anglais)

Vidéographistes

Franck Monier

Christopher Montel

Prise de son

Arnaud Prudon

Choix des musiques

Rémy Diaz

Post-production

Louis Vecten

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