Andréa Mantegna (1431-1506)
Le St-Sébastien du Louvre
La Renaissance en concentré (12 min)
54321 visions, 113 commentaires
Note moyenne : 9/10





Excellent. A imiter
Commentaire clair et précis. Les mises en relation avec d'autres oeuvres sont vraiment bienvenues.
Le passage sur la signification symbolique me semble un peu confus. Je n'ai pas compris, surtout l'idée des personnages des archers qui ne seraient alors plus les bourreaux..
par granoux diane, enseignante





Excellent. A imiter
clarté, sobriété, donne envie de peindre
rien, mais qu'est ce que le tableau détruit en 1944 ; peut on en savoir davantage
par pierre gatti, ret
Nouvelle version du film en novembre 2010 ! (durée : 12 min)
Le St-Sébastien de Mantegna, conservé au Louvre, est un chef d'oeuvre de la Renaissance italienne.
Une observation attentive permet de repérer quelques caractéristiques du style Renaissance. Le tableau est construit comme une fenêtre donnant sur une scène réelle, respectant les lois de la perspective et tirant parti de l'étude scientifique de la nature.
Mais la réussite du tableau ne se réduit pas à des caractéristiques techniques : sa construction particulière, la présence de détails "codés" permettent de dégager des éléments de signification d'ordre spirituel qui appartiennent spécifiquement à Mantegna et aux problématiques de son époque.
Transcript intégral (tous droits réservés)
De jeunes hommes dénudés, ligotés et criblés de flèches, on en croise souvent dans les musées.
Avant, ils peuplaient les Eglises, où l’on dit qu’ils ne donnaient pas que des émotions religieuses aux fidèles… ;-)
Un peintre italien du XVème siècle, Mantegna en a réalisé trois versions à lui tout seul, dont la version du Louvre.
Essayons de comprendre à partir de cette œuvre pourquoi le sujet intéresse autant un artiste, et comment ce tableau est emblématique de l’esprit d’une époque : la Renaissance.
o Au départ, on reconnaît bien la figure d’un martyre , « St Sébastien », transpercé de flèches et attaché aux bras et aux jambes.
Le réalisme est poussé au comble de l’exactitude anatomique :
• La forme des flèches affleure sous la peau, comme des veines…
• Les gouttes de sang ruissèlent, tachent le tissu… et tombent sur les pieds.
• Les cordes déforment les bras ou les jambes
• Et le visage des archers est ridé par la méchanceté.
Tout semble fait pour émouvoir le croyant en lui décrivant cliniquement le martyre ! Alors, n’a-t-on affaire qu’à une nième image pieuse ?
- En fait, d’autres éléments suggèrent une signification plus mystérieuse !
• D’abord, l’attitude du St-Sébastien aussi impassible qu’une statue. Le corps reste debout sans signe de convulsion ou de faiblesse. Le visage tourné vers le ciel traduit des sentiments mêlés de souffrance et d’espérance.
• Ensuite, le lieu où se déroule la scène. C’est un paysage antique, largement en ruines. La nature y reprend ses droits : un figuier pousse au pied de la colonne, le lierre grimpe sur les ruines. Un pied sculpté, seul vestige d’une sculpture, est mis en parallèle avec celui du saint
• Enfin, une ville imaginaire, à l’arrière-plan. On distingue un forum –c'est-à-dire le lieu du marché dans les villes antiques-, des colonnes renversées, des centaures sur les bas-reliefs, et même une ville de style plus récent construite sur les hauteurs d’un relief vertigineux.
- La clé de ces mystères réside dans une spécificité du tableau : il fonctionne comme une fenêtre ouverte sur la scène d’une pièce de théâtre .
Comme sur une scène, les personnages sont grandeur nature. [mettre flèche sur hauteur de 2.55 m]
Comme un paysage vu à travers une fenêtre, le paysage est représenté en perspective, en respectant les lois de l’optique.
En effectivement Mantegna a peint un mince cadre rouge imitant le porphyre, qui évoque une fenêtre creusée à travers la pierre.
Le choix de cette roche rouge ne doit rien au hasard : elle symbolise le sang du Christ, mais aussi les empereurs romains depuis l’époque de Dioclétien. Ce dernier a vécu au IIIe siècle et c’est aussi lui qui demandé la mise à mort de Sébastien.
Cette pierre a d’ailleurs été utilisée dans une autre œuvre religieuse fameuse du Louvre : l’aigle de Suger.
• Et que nous raconte cette pièce de théâtre ? Nous le saurons si nous essayons de deviner comment le peintre essaye de guider l’œil du spectateur :
Logiquement, l’œil est d’abord attiré sur le corps du saint, puisqu’il est placé au centre, mis en valeur par la colonne et plus lumineux que les autres détails.
L’œil va ensuite du torse vers le bas, pour considérer les flèches et, fort logiquement, les bourreaux qui sont responsables du martyre. Notre regard est comme mis sur des rails par les cannelures, la ligne des muscles, mais aussi par l’orientation des flèches ou les coulées du sang.
Ensuite, tout un réseau de lignes nous fait changer de direction. Les cordes attachées sur le côté pointent vers la ville, la forme de l’arc s’insère presque exactement dans le chemin…. … où nous nous engouffrons pour remonter jusqu’au forum. Ce dernier a été surélevé par Mantegna (il monte vers le fond comme le prouve sa hauteur différente par rapport au monument de gauche) pour accentuer l’effet de convergence vers le fond. Le regard est ainsi entraîné vers le haut, jusqu’au ciel, par un mouvement serpentin, plus vivant moins solennel que les lignes droites de la zone précédente.
Arrivé au ciel, la contemplation devient plus libre : le regard peut redescendre, dans la ligne du bras et des colonnes. Et là notre regard se perd dans une zone plus sombre où les pierres brisées s’amoncèlent, comme une espèce de réserve de symboles.
• Par le jeu des formes, nous sommes donc incités à suivre un cheminement prévu par le peintre. Où nous conduit-il ?
II. Explication
Le parcours de notre regard peut s’expliquer selon deux directions :
• Celle de son sujet, c'est-à-dire ici l’histoire de St-Sébastien
• Mais aussi celle de son style et de sa signification artistique
On peut distinguer trois niveaux de sens dans l’histoire de St-Sébastien :
• D’abord le sens littéral
i. Mantegna se fonde sur l’autorité d’un livre publié vers 1260, la Légende Dorée, de Jacques de Voragine, qui mentionne que : « Dioclétien fit attacher Sébastien sur un terrain découvert, et percer par des archers, qui le criblèrent au point qu’on eût dit un hérisson ». Mantegna situe habilement la scène alors que les archers quittent le terrain, ce qui lui permet représenter à la fois sa dignité quasiment au moment du martyre et sa survie.
ii. La scène datant du III siècle, près de Rome, la présence de vestiges d’architectures antiques est cohérente [Le chapiteau composite de la colonne, par exemple, présente un air de ressemblance avec ceux qu’on pouvait trouver du temps de Dioclétien, comme ce chapiteau corinthien, qui provenait de son palais à Split.]
[Images chapiteau Split, voir du forum de Rome, comme l’arc de Titus]
iii. Par ailleurs, ruines et brisures correspondent au texte de la légende (p. 137 légende Dorée, édition pléiade) selon laquelle Sébastien aurait brisé des idoles, signe d’abandon des dieux païens et de conversion.
• Deuxièmement, après le sens littéral le sens symbolique. En ajoutant une ville et des éléments de sa propre époque, le Saint apparaît conformément à la tradition du Moyen-Âge comme un bouclier protecteur contre la peste.
i. Dans cette perspective, les flèches ne représentent plus celles d’archers païens, mais celles du fléau de la maladie, auxquels St-Sébastien fait bouclier par sa foi, tout en restant en bonne santé.
ii. Les archers ne sont plus nécessairement des bourreaux, mais les représentants d’une honorable corporation au service des italiens du XVème siècle, comme en témoigne leurs vêtements aux couleurs vives à la mode Renaissance.
• Troisièmement, après le sens symbolique, le sens religieux.
i. Mantegna reprend une idée exploitée 20 ans auparavant, alors qu’il était âgé de 29 ans, dans ce tableau où l’on retrouve les vestiges antiques et une statue détruite : cette idée c’est celle de faire de st-Sébastien une statue vivante qui remplace la statue morte et détruite de la Rome antique. Pour être convaincant, le corps présente un léger déhanché typique des canons esthétiques grecs et romains, la peau est très pâle, comme du marbre, et le buste est volontairement épargné par les flèches, pour ressembler à un buste antique.
L’objet de cette représentation est de montrer qu’en subissant le martyre, St-Sébastien a manifesté une force spirituelle supérieure à celle de païens romains.
L’arbre mort, à l’extrême droite du tableau semble faire écho à l’arbre devant lequel les autres artistes ont souvent représenté leur St-Sébastien plutôt qu’une colonne.
ii. Le tableau manifeste ainsi, à la fois une admiration pour la civilisation antique dont les ruines sont présentées avec beauté et grandeur, mais aussi une affirmation du dépassement de cette civilisation par l’esprit chrétien, dont le figuier symbolise l’église alors que la sandale représente la chute des empereurs.
iii. Témoin de cette gradation, les 3 villes d’autant plus proches du ciel qu’elles sont contemporaines. Tout se passe comme si la ville de la Renaissance devait faire la synthèse entre la ville antique, ouverte au sciences mais païenne, et la ville médiévale certes chrétienne mais moins éclairée par la raison.
Examinons maintenant la relation au style et aux intention de l’artiste dans le contexte de la Renaissance
L’histoire de Mantegna ressemble à un conte moral : né pauvre d’une famille paysanne, il parvient jusqu’au titre de chevalier grâce à son talent et à l’intelligence de mécènes.
L’époque est exceptionnelle : né l’année où la France met jeanne d’Arc en procès, il voit l’invention de l’imprimerie, la chute de Constantinople, la découverte de l’Amérique, et meurt alors qu’on découvre l’une des plus grandes œuvres d’art antique de tous les temps, le Laocoon.
• M contracte très tôt le virus de l’antiquité entre environ 14 et 17 ans dans une école d’apprentissage très stimulante surnommée la « maison aux reliefs » parce qu’elle contenait l’une des plus grandes collections d’antiquités (pièces de monnaie, médailles et sculpture). destinée à être copiée pour former les élèves. L’un des premiers chefs d’œuvre de M, la fresque de Eremitari, détruite en 1944, témoigne de cette passion.
• Mais cette sensibilité pour l’antique n’est pas une nostalgie : elle correspond au projet ambitieux de tous les artistes Renaissants de surpasser leurs inspirateurs antiques en unissant l’art aux sciences et en travaillant selon une méthode. Leur objectif est de tout représenter avec réalisme, qu’il s’agisse de scènes réelles, de fictions ou d’œuvres symboliques.
o Grâce à la perspective, la fresque de Eremitari est peinte en contre-plongée, c'est-à-dire en vue de dessous, ce qui renforce la solennité de la scène.
o L’étude rigoureuse des architectures d’après les vestiges archéologiques permettent également aux artistes de recréer des bâtiments imaginaires, à l’antique, comme on peut le voir dans ces nombreux exemples de tableaux de Mantegna.
o Les carnets de Léonard de Vinci, qui est son cadet de 20 ans, témoignent de cette tendance générale à se servir des sciences pour mieux représenter la nature : l’anatomie permet de représenter exactement les veines et les muscles ; l’étude des marques et formes supposées des visages d’exprimer les passions ; l’optique et les mathématiques de situer les corps dans un espace rigoureux.
o C’est là une rupture complète avec le Moyen-Âge. Une rapide comparaison le St-Sébastien d’un maître provencal, le Retable de Thouzon , peint 70 ans auparavant, permet de constater immédiatement la différence. (…) L’artiste n’a pas le souci de représenter les choses dans un espace géométrique ni même le corps de St-Sébastien, mais simplement d’exprimer une histoire de façon lisible.
Le St-Sébastien de Mantegna est donc triplement emblématique :
• Il témoigne d’une véritable réussite artistique car il parvient à associer une grande variété d’effets tout en conservant un très fort sentiment d’unité et de naturel.
• Il révèle l’art de la mise en scène de Mantegna, en entraînant l’attention du spectateur dans un cheminement dynamique, en accord avec les idées qu’il souhaite représenter.
• Il manifeste une nouvelle conception de la peinture, et de l’âme d’une époque à la fois admiratrice de l’antiquité et désireuse de la dépasser.
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Cette vidéo a été réalisée par le fondateur du projet CED pour essayer de constituer un premier modèle de production dans le domaine de l'initiation aux oeuvres d'art plastique. Sa structure scénaristique a été élaborée pour être facilement déclinable.
Dans le cas de cette vidéo, les moyens de production ont été généreusement apportés par une jeune société de production, les Films des Syrtes, qui a accepté la diffusion gratuite du film sur le Canal Educatif à titre de mécène.
Le Musée du Louvre a apporté une généreuse contribution pour la réalisation d'une version 2.0 en juillet 2008, comportant une qualité d'image améliorée : auparavant, nous avions en effet été obligés de réaliser les prises de vue "sous le manteau" avec une caméra tremblante (le Louvre interdisait les photos dans la galerie des peintures italiennes) et une bonne couche de poussières sur la vitre du tableau.
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12:00
Le film intégral
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Scénario et Voix-off
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Analyse des détails du tableau
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On ne peut qu'être frappé par la richesse et la justesse des détails :

Là encore, le rendu des différentes matières minérales et végétales est impressionnant : nervures des feuilles de figuier, figues, couleur des marbres, détails sculptés...

Texte original de la Légende de St-Sébastien
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Sébastien, Sebastianus, vient de sequens, suivant, beatitudo, béatitude; astin, ville et ana au-dessus; ce qui veut dire qu'il a suivi la béatitude de la cité suprême et de la gloire d'en haut. Il: la posséda et l’acquit au prix de cinq deniers, selon saint Augustin, avec la pauvreté, le royaume; avec la douleur, la joie; avec le travail, le repos; avec l’ignominie, la gloire et avec la mort, la vie. Sébastien viendrait encore de basto, selle. Le soldat, c'est le Christ; le cheval, l’Église et la selle, Sébastien; au moyen de laquelle Sébastien combattit dans (183) l’Église et obtint de surpasser beaucoup de martyrs. Ou bien Sébastien signifie entouré, ou allant autour : entouré, il le fut de flèches comme un hérisson; allant autour, parce qu'il allait trouver tous les martyrs et les réconfortait.
*** Actes du saint dans les oeuvres de saint Ambroise.
Sébastien était un parfait chrétien, originaire de Narbonne et citoyen de Milan. Il fut tellement chéri des empereurs Dioclétien et Maximien qu'ils lui donnèrent le. commandement de la première cohorte et voulurent l’avoir constamment auprès d'eux. Or, il portait l’habit militaire dans l’unique intention d'affermir le coeur des chrétiens qu'il voyait faiblir dans les tourments. Quand les très illustres citoyens Marcellien et Marc, frères jumeaux, allaient être décollés pour la foi de J.-C., leurs parents vinrent pour arracher de leurs coeurs leurs bonnes résolutions. Arrive leur mère, la tête découverte, les habits déchirés, qui s'écrie en découvrant son sein : « O chers et doux fils, je suis assaillie d'une misère inouïe et d'une douleur intolérable. Ah, malheureuse que je suis! Je perds mes fils qui courent de plein gré à la mort : si des ennemis me les enlevaient, je poursuivrais ces ravisseurs au milieu de leurs bataillons; si une sentence les condamnait a être renfermés, j'irais briser la prison, dussé-je en mourir. Voici une nouvelle manière de périr : aujourd'hui on prie le bourreau de frapper, on désire la vie pour la perdre, on invite la mort à venir. Nouveau deuil, nouvelle misère! Pour avoir la vie, des fils, jeunes encore, se dévouent à la mort et des vieillards, des parents infortunés sont forcés de tout subir.» Elle parlait encore quand le père, plus âgé que la mère; arrive porté sur les bras de ses (184) serviteurs. Sa tête est couverte de cendres; il s'écrie en regardant le ciel : « Mes fils se livrent d'eux-mêmes â la mort; je suis venu leur adresser mes adieux et ce que j'avais préparé pour m’ensevelir, malheureux que je suis! je l’emploierai à la sépulture de mes enfants. O mes fils! bâton de ma vieillesse, double flambeau de mon coeur, pourquoi aimer ainsi la mort? Jeunes gens, venez ici, venez pleurer sur mes fils. Pères, approchez donc, empêchez-les, ne souffrez pas un forfait pareil : mes yeux, pleurez jusqu'à vous éteindre afin que je ne voie pas mes fils hachés par le glaive. » Le père venait de parler ainsi quand arrivent leurs épouses offrant à leurs yeux leurs propres enfants et poussant des cris entremêlés de hurlements : « A qui nous laissez-vous? quels seront les maîtres de ces enfants ? qui est-ce qui partagera vos grands domaines? hélas! Vous avez donc des coeurs de fer pour mépriser vos parents, pour dédaigner vos amis, pour repousser vos femmes, pour méconnaître vos enfants et pour vous livrer spontanément aux bourreaux! » A ce spectacle, les coeurs de ces hommes se prirent à mollir. Saint Sébastien se trouvait là; il sort de la foule : « Magnanimes soldats du Christ, s'écrie-t-il, n'allez pas perdre une couronne éternelle en vous laissant séduire par de pitoyables flatteries. » Et s'adressant aux parents : « Ne craignez rien, dit-il, vous ne serez pas séparés; ils vont dans le ciel vous préparer des demeures d'une beauté éclatante : car dès l’origine du mondé, cette vie n'a cessé de tromper ceux qui espèrent en elle; elle dupe ceux qui la recherchent; elle illusionne ceux qui comptent sur elle ; elle rend tout incertain, en (185) sorte qu'elle ment à tous. Cette vie, elle apprend au voleur, ses rapines; au colère, ses violences; au menteur, ses fourberies. C'est elle qui commande les crimes, qui ordonne les forfaits, qui conseille les injustices; cette persécution que nous endurons ici est violente aujourd'hui et demain elle sera évanouie . une heure l’a amenée, une heure l’emportera; mais les peines éternelles se renouvellent sans cesse, pour sévir; elles entassent punition sur punition, la vivacité de leurs flammes augmente sans mesure. Réchauffons nos affections dans l’amour du. martyre. Ici le démon croit vaincre; mais alors qu'il saisit, il est captif lui-même quand il croit tenir, il est garrotté; quand il vainc, il est vaincu; quand il tourmente, il est tourmenté; quand il égorge, il est tué ; quand il insulte, il est honni. » Or, tandis que saint Sébastien parlait ainsi, tout à coup, pendant près d'une heure, il fut environné d'une grande lumière descendant du ciel, et, au milieu de cette splendeur, il parut revêtu d'une robe éclatante de blancheur ; en même temps il fut entouré de sept anges éblouissants. Devant lui apparut encore un jeune homme qui lui donna la paix et lui dit : « Tu seras toujours avec moi. » Alors que le bienheureux Sébastien adressait ces avis, Zoé, femme de Nicostrate, dans la maison duquel les saints étaient gardés, Zoé, dis-je, qui avait perdu la parole, vint se jeter aux pieds de Sébastien en lui demandant pardon par signes. Alors Sébastien dit : « Si je suis le serviteur de J.-C. et si tout ce que cette femme a entendu sortir de mes lèvres est vrai, si elle le croit, que celui qui a ouvert la bouche de son prophète Zacharie (186) ouvre sa bouche. » A ces mots, cette femme s'écria « Béni soit le discours de votre bouche, et bénis soient tous ceux qui croient ce que vous avez dit : j'ai vu un ange tenant devant vous un livre dans lequel tout ce que vous disiez était écrit. » Son mari, qui entendit cela, se jeta aux pieds de saint Sébastien en lui demandant de le pardonner; alors il délia les martyrs et les pria de s'en aller en liberté. Ceux-ci répondirent qu'ils ne voulaient pas 'perdre la couronne à laquelle ils avaient droit. En effet une telle grâce et une si grande efficacité étaient accordées par le Seigneur aux paroles de Sébastien, qu'il n'affermit pas seulement Marcellien et Marc dans la résolution de souffrir le martyre, mais qu'il convertit encore à la foi leur père Tranquillin et leur mère avec beaucoup d'autres que le prêtre Polycarpe baptisa tous.
Quant à Tranquillin, qui était très gravement malade, il ne fut as plutôt baptisé que de suite il fut guéri. Le préfet de la ville de Rome, très malade lui-même, pria Tranquillin de lui amener celui qui lui avait rendu la santé. Le prêtre Polycarpe et Sébastien vinrent donc chez lui et il les pria de le guérir aussi. Sébastien lui dit de renoncer d'abord à ses idoles et de lui donner la permission de les briser ; qu'à ces conditions, il recouvrerait la santé. Comme Chromace, le préfet, lui disait de laisser ce soin à ses esclaves et de ne pas s'en charger lui-même, Sébastien lui répondit: « Les gens timides redoutent de briser leurs dieux; mais encore si le diable en profitait pour les blesser, les infidèles ne manqueraient pas de dire qu'ils ont été blessés parce qu'ils brisaient leurs dieux.» (187) Polycarpe et Sébastien ainsi autorisés détruisirent plus de deux cents idoles. Ensuite ils dirent à Chromace : « Comme pendant que nous mettions en pièces vos idoles, vous deviez recouvrer la santé et que vous souffrez encore, il est certain que, ou vous n'avez pas renoncé à l’infidélité, ou bien vous avez réservé quelques idoles. » Alors Chromace avoua qu'il avait une chambre où était rangée toute la suite des étoiles, pour laquelle son père avait dépensé plus de deux cents livres pesant d'or ; et qu'à l’aide de cela il prévoyait l’avenir. Sébastien lui dit : « Aussi longtemps que vous conserverez tous ces vains objets, vous ne conserverez pas la santé. » Chromace ayant consenti à tout, Tiburce, son fils, jeune homme fort distingué, dit : « Je ne souffrirai pas qu'une oeuvre si importante soit détruite.; mais pour ne paraître pas apporter d'obstacles à la santé de mon père, qu'on chauffe deux fours, et si, après la destruction de cet ouvrage, mon père n'est pas guéri, que ces hommes soient brûlés tous les deux. » Sébastien répondit: « Eh bien! soit. » Et comme on brisait tout, un ange apparut au préfet et lui déclara que J.-C. lui rendait la santé; à l’instant il fut guéri et courut vers l’ange pour lui baiser les pieds; mais celui-ci l’en empêcha, par la raison qu'il n'avait, pas encore reçu le baptême. Alors lui, Tiburce, son fils, et quatre cents personnes de sa maison furent baptisées. Pour Zoé, qui était entre les mains des infidèles, elle rendit l’esprit dans des tourments prolongés. A cette nouvelle, Tranquillin brava tout et dit : « Les femmes sont couronnées avant nous. Pourquoi vivons-nous encore? » Et quelques jours après, il fut lapidé.
188
On ordonna à saint Tiburce ou de jeter de l’encens en l’honneur des dieux sur un brasier ardent, ou bien de marcher nu-pieds sur ces charbons. Il fit alors le signe de la croix sur soi, et il marcha- nu-pieds sur le brasier. Il me semble, dit-il, marcher sur des roses au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ. » Le préfet Fabien se mit à dire : « Qui ne sait que le Christ volis a enseigné la matie ? » Tiburce lui répondit : « Tais-toi, malheureux! :car tu n'es pas digne de prononcer un nom si saint et si suave à la bouche. » Alors le préfet en colère le fit décoller. Marcellien et Marc sont attachés à un poteau, et après y avoir été liés, ils chantèrent ces paroles du Psaume : « Voyez comme il est bon et agréable pour des frères d'habiter ensemble, etc. » Le préfet leur dit: « Infortunés, renoncez à ces folies et délivrez-vous vous-mêmes. » Et ils, répondirent: « Jamais nous n'avons été mieux traités. Notre désir serait que tu nous laissasses attachés pendant que nous sommes revêtus de notre corps.» Alors le préfet ordonna que l’on enfonçât des lances dans leurs côtés, et ils consommèrent ainsi leur martyre. Après quoi le préfet fit son rapport à Dioclétien touchant Sébastien. L'empereur le manda et lui dit: «J'ai toujours voulu que, tu occupasses le premier rang parmi les officiers de mon palais, or tu as agi en secret contre mes intérêts, et tu insultes aux dieux. » Sébastien lui répondit : « C'est dans ton intérêt que toujours j'ai honoré J.-C. et c'est pour la conservation de l’empire Romain que toujours j'ai adoré le Dieu qui est dans le ciel. » Alors Dioclétien le fit lier au milieu d'une plaine et ordonna aux archers qu'on le perçât à coups de (189) flèches. Il en fut tellement couvert, qu'il paraissait être comme un hérisson; quand on le crut mort, on se retira. Mais ayant été hors de danger quelques jours après, il vint se placer sur l’escalier, et reprocha durement aux empereurs qui descendaient du palais les maux infligés par eux aux chrétiens. Les empereurs dirent : « N'est-ce pas là Sébastien que nous avons fait périr dernièrement à coups de flèches ? » Sébastien reprit: « Le Seigneur m’a rendu la vie pour que je pusse venir vous reprocher à vous-mêmes les maux dont vous accablez les chrétiens. » Alors l’empereur le fit fouetter jusqu'à ce qu'il rendît l’esprit; il ordonna de jeter son corps dans le cloaque pour qu'il ne fût pas honoré par les chrétiens comme un martyr. Mais saint Sébastien apparut la nuit suivante à sainte Lucine, lui révéla le lieu où était son corps et lui commanda de l’ensevelir auprès des restes des apôtres: ce qui fut exécuté. Il souffrit sous les empereurs Dioclétien et Maximien qui régnèrent vers l’an du Seigneur 287. Saint Grégoire rapporte, au premier livre de ses Dialogues, qu'une femme de Toscane, nouvellement mariée, fut invitée à se rendre à la dédicace d'une église de saint Sébastien ; et la nuit qui précéda la fête, pressée par la volupté de la chair, elle ne put s'abstenir de son mari. Le matin, elle partit, rougissant plutôt des hommes que de Dieu. Mais à peine était-elle entrée dans l’oratoire Où étaient les reliques de saint Sébastien, que le diable s'empara d'elle, et la tourmenta en présence de la foule. Alors un prêtre de cette église saisit un voile de l’autel pour en couvrir cette femme, mais le diable s'empara aussitôt de ce prêtre lui-même. (190) Des amis conduisirent la. femme à des enchanteurs afin de la délivrer parleurs sortilèges. «Mais à l’instant où ils l’enchantaient, et par la permission de Dieu, une légion composée de 6666 démons entra en elle et la tourmenta avec plus de violence. Un personnage d'une grande sainteté, nommé Fortunat, la guérit par ses prières. On lit dans les Gestes des Lombards qu'au temps du roi Gombert, l’Italie entière fut frappée d'une peste si violente que les vivants suffisaient à peine à ensevelir les morts ; elle fit de grands ravages, particulièrement à Rome et à Pavie. Alors un bon ange apparut sous une forme visible à une foule de personnes, ordonnant au mauvais ange qui le suivait et qui avait un épieu à la main, de frapper et d'exterminer. Or, autant de fois il frappait une maison, autant il y avait de morts à enterrer. Il fut révélé alors, par l’ordre de Dieu, à une personne, que la peste cesserait entièrement ses ravages si l’on érigeait à Pavie un autel à saint Sébastien. Il fut en effet élevé dans l’église de Saint-Pierre aux liens. Aussitôt après, le fléau cessa. Les reliques de saint Sébastien y furent apportées de Rome. Voici ce que saint Ambroise écrit dans sa préface : « Seigneur adorable, à l’instant où le sang du bienheureux martyr Sébastien est répandu pour la confession de votre nom, vos merveilles sont manifestées parce que vous affermissez la vertu dans l’infirmité, vous augmentez notre zèle, et par sa prière vous conférez du secours aux malades. »


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