Eugène Delacroix (1798-1863)
La Liberté guidant le peuple
Icône malgré elle ? (27 min)
50484 visions, 153 commentaires
Note moyenne : 9.3/10





Excellent. A imiter
Extrêmement intéressant et très complet.
Rien.
par marie mottelet, bibliothécaire





Excellent. A imiter
excellent travail de vulgarisation
parfois des commentaires inutiles
par gilles bergeron, professeur
La Liberté guidant le peuple : un tableau devenu icône de la république triomphante. Pourtant telle n'a jamais été l'intention de Delacroix, dandy-conservateur effrayé par les émeutes populaires. La fortune de l'oeuvre reposerait-elle sur un immense contresens ?
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Accroche : un contresens ?
I. D'où vient l'erreur ?
a. Le spectateur coupable ?
b. Un tableau différent: une déesse dans Paris
c. La démocratie vulgaire ?
II. Intentions suspectes
a. Delacroix opportuniste ?
b. Delacroix rebelle ?
c. Delacroix indépendant !
III. Mission impossible ?
a. Défi n°1: le peuple acteur de son histoire
b. Delacroix suiveur de Géricault ?
c. Défi n°2: peindre pour un public élargi
Tchaikovsky Piotr Ilitch (1840 - 1893)
Concerto pour violon - Allegro Moderato
Jascha Heifetz, Orchestre Symphonique de Chicago, direction Fritz Reiner
Tchaikovsky Piotr Ilitch (1840 - 1893)
Ouverture 1812
Orchestre Symphonique de Chicago, direction Fritz Reiner
Mahler, Gustav (1860-1911)
Symphonie n°10
Orchestre de Cleveland, Direction George Szell
Ludwig van Beethoven (1770 - 1827)
Symphonie n°7 - Vivace
Orchestre Symphonique de Chicago, direction Fritz Reiner
Concerto pour Piano n°5 « l’Empereur » - Allegro - Adagio
Van Cliburn - Orchestre Symphonique de Chicago, direction Fritz Reiner
Symphonie n°8 - Allegro Vivace
Orchestre de l'opéra de Vienne, Direction Hermann Scherchen
Ouverture Léonore III
Orchestre Philharmonique de Berlin, Direction Wilhelm Furtwangler
Symphonie n°3 « Héroïque » - Allegro con Brio
Orchestre Symphonique de Chicago, direction Fritz Reiner
Jules Massenet (1842 - 1912)
Werther
Orchestre de l'Opéra national de paris, direction Elie Cohen
Oeuvres philosophiques
Oeuvres littéraires
Cromwell d'Hugo sur Google Books
A propos de Delacroix
Introduction
Cette femme, vous l’avez déjà vue quelque part.
Devenue une évidence pour tous, c’est « Marianne », l’incarnation de la République française.
Or notre vision est complètement déformée : cette femme provient d’un tableau peint à une époque où la France n’était pas une république, mais un royaume.
Il a été peint par un homme résolument antirépublicain, sceptique face à la démocratie. Ce peintre est Eugène Delacroix, un vrai dandy parisien, horrifié par tout ce qui peut être vulgaire ou populaire.
Comment a-t-on pu arriver à un contresens aussi énorme ?
Delacroix a-t-il échoué à faire passer ses idées ?
Ou bien est-ce nous qui ne voulons pas admettre la vérité en oubliant la mort et la barbarie qui y règnent ?
I. D’où vient l’erreur ?
A. Le spectateur coupable ?
Qui est responsable de ce contresens ?
C’est peut-être nous : à force de voir ce tableau, nous ne prenons plus le temps de le regarder.
Tout a l’air simple :
• drapeau tricolore,
• bonnet phrygien,
• sans-culottes…
A première vue, c’est une image générale de la République triomphante.
Et pourtant, ce tableau fait référence à un événement précis, datable au jour près.
On pense bien sûr à la Révolution française, la grande, celle de 1789…
… en haut, le peuple vainqueur…
… en bas, les soldats du roi, un suisse et un cuirassier, terrassés.
Mais cette foule est celle d’une autre époque !
[1] L’ouvrier manufacturier, béret, pantalon à bretelles et tablier…
[2]Le travailleur à la journée, en blouse bleue….
appartiennent tous deux à l’ère industrielle.
Cet homme en, redingote, cravate et chapeau haut-de-forme , peut-être journaliste ou chef d’atelier, est vêtu [1] à la mode des années 1820-30.
Derrière lui, le bicorne d’un élève de Polytechnique, une école créée après la Révolution.
Enfin, un gamin de Paris, en gilet et béret .
C’est lui qui inspirera à Victor Hugo le personnage de Gavroche dans les Misérables dont l’action se déroule en 1830…
A l’arrière, au-delà de la poussière de la poudre, on découvre un bataillon d’infanterie attaqué par les coups de feu qui partent des fenêtres …
Et ce drapeau au sommet des tours de Notre-Dame est le signal d’une journée bien particulière :
Un jour historique ? tellement historique qu’on l’a bel et bien oublié aujourd’hui…
… noyé dans les soubresauts du XIXème siècle.
Depuis 1789 en effet, les régimes se succèdent [très rapidement].
Après la défaite définitive de Napoléon en 1815, la monarchie française est restaurée : 20 ans après la Révolution française, les deux frères de Louis XVI reprennent le pouvoir.
[1]Le second, Charles X, [2] défenseur acharné de l’Eglise et de la tradition monarchique, règne depuis 6 ans…
..lorsque le 26 juillet 1830, il fait l’erreur de censurer la presse et de réduire un droit de vote déjà très limité.
La réaction ne se fait pas attendre : mené par des polytechniciens, le peuple de Paris construit des barricades et se révolte.
Durant les 3 journées, surnommées les « 3 glorieuses » on se bat dans les rues, dans les immeubles.
[1]Il s’agit donc bien d’une révolution :
Charles X, renversé du trône doit quitter la France.
[2]Mais la monarchie n’est pas remplacée par une République !
La bourgeoisie d’affaires préfère confier le pouvoir à un cousin de l’ex-roi, [1] le duc Louis-Philippe d’Orléans, prince plus libéral et bourgeois en apparence, mais rapidement aussi autoritaire [et impopulaire] que ses prédécesseurs.
En somme, pas de changement profond : ce n’est que 18 ans plus tard, après une nouvelle révolution, que la république parviendra à s’installer.
[1] Voilà pourquoi 1830, révolution ratée, a été si vite oublié.
[2] Mais alors pourquoi [la Liberté] le tableau de Delacroix a-t-elle fini par devenir plus célèbre encore que l’événement qu’elle représente ?
B. Un tableau différent : une déesse dans Paris
Remettons-nous dans le contexte de l’époque.
Delacroix n’est pas le seul à peindre cet événement : en 1831, au Salon des artistes à Paris, les peintres se précipitent sur ce sujet d’actualité.
De manière générale, ce qui les intéresse, c’est montrer le spectacle pittoresque d’une bataille en plein Paris.
Ils utilisent donc les procédés de la peinture de bataille :
• Des vues panoramiques, avec des personnages très petits dans le tableau.
• Le point de vue des vainqueurs, c'est-à-dire des insurgés, vus en grand de dos face à l’ennemi.
• Des anecdotes curieuses…
• et émouvantes…
Delacroix détonne en faisant exactement l’inverse :
- (1) dans quel quartier sommes-nous ? à quel moment précis de l’action ? impossible de le savoir…
- …car le spectateur est placé très bas (2), assailli par des figures aussi grandes que lui.
La logique du combat n’est pas claire : c’est vers nous que sont tournés les insurgés, [1] alors que l’on distingue les troupes royales à l’arrière-plan.
Enfin, à la place réservée au chef, Delacroix peint une femme.
[1]Tout indique qu’elle joue un rôle clé :
[2] Au sommet d’une pyramide de corps…
[3]…. Au point de rencontre de lignes obliques..
…elle attire notre regard et celui des hommes qu’elle domine…
Mais la situation est improbable. Que fait cette femme à moitié nue au milieu des coups de feu ?
En réalité, ce n’est pas un être comme les autres, Delacroix signale qu’elle relève d’un autre monde.
• [1]Son buste et [2] ses pieds nus,
[3] la ligne serpentine de son corps,
[4] le drapé aérien de sa tunique simple
[5] sont directement empruntés aux statues des déesses grecques antiques, comme la Vénus de Milo
• Bien qu’elle marche droit sur nous, son visage désaxé se découpe en profil grec, [1] comme une médaille.
• [1]Derrière sa tête, un nuage de fumée fait l’effet d’une auréole divine. [2] Le bras passe exprès devant la bande blanche du drapeau, pour mieux ressortir à contre-jour.
• Elle porte le bonnet phrygien, symbole d’émancipation.
Le titre du tableau donne la solution : c’est La Liberté. [1] Cette femme n’a jamais existé, elle n’a ni nom, ni histoire personnelle…
Elle incarne une idée abstraite. C’est ce que l’on appelle une « allégorie ».
Plutôt que de se perdre dans les circonstances de l’événement, Delacroix préfère exprimer l’idée abstraite et positive qui a guidé le mouvement.
Dans ces conditions, l’emploi de l’allégorie aurait dû satisfaire pleinement le public du XIXe siècle.
Or c’est l’inverse qui se produit : la Liberté guidant le peuple est accablée d’injures !
Qu’est-ce qui n’a pas marché ?
C. La démocratie vulgaire ?
« Dieu qu’elle est sale ! »
« Dévergondée »
« la plus ignoble courtisane des plus sales rues de Paris !»
« Est-ce qu’il n’y avait que de la canaille à ces fameuses journées-là ? »
Le procès commence :
Accusé n°1 : cette femme est effectivement plus proche de la poissarde que de la déesse :
…les seins à l’air, rouge de sueur, bronzée par le soleil de juillet,
…à moins que ce soit de la crasse ou de la poudre à canon.
En outre, pas très féminine ni gracieuse.
(1) Même musculature, même geste énergique que ce gladiateur grec, et avec les poils aux aisselles par dessus le marché !
Des comparaisons aident à mieux comprendre le choc du public.
Depuis la Révolution française, les allégories de la Liberté trônent comme des statues de déesses en majesté, belles, sereines et célestes
Même quand elle s’adresse aux hommes, l’allégorie ne se mêle pas à eux.
La règle est simple : l’allégorie d’une idée positive doit toujours être idéalisée.
Et quand à la fin du XIXe siècle, le sculpteur français Frédéric Bartholdi réalise une statue monumentale de la Liberté offerte aux Etats-Unis, il respecte cette règle.
Parfaitement statique, couronnée d’un diadème, la Liberté tient la table de la loi et le flambeau de la Vérité éclairant le monde.
C’est une Liberté universelle, rationnelle et pacifique ;
exactement l’inverse de celle de Delacroix : Chauvine, crasseuse, débraillée et dangereuse, elle incarne toutes les dérives politiques.
Et les complices ne sont pas mieux lotis :
Accusé n°2 : individu dangereux
Accusés n°3 et 4 : jeunes délinquants en situation de port illégal d’armes
Pour le reste, le peintre ne cherche pas à séduire :
Pavés gris, poutres calcinées, ombres profondes.
Pieds sales, ongles noirs, poils pubiens
La violence omniprésente…
…et les détails macabres achèvent de nous inquiéter.
Plutôt qu’un grand peuple, on voit la « populace », masse dangereuse et incontrôlable guidée par une furie armée jusqu’aux dents !
Le tableau est si ambigu : on a l’impression que le peintre se contredit lui-même.
Alors, la question reste entière : Delacroix fait-il l’éloge ou la caricature de la démocratie ?
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Production
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Réalisation
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Scénario
Côme Fabre
Montage
Erwan Bomstein-Erb
Bruno Lorvao
Laurie Grosset
Sélection des musiques
Rémy Diaz
Web et compléments
Simon Joliveau-Breney
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