Comment aborder l'histoire des sciences sans en nier la vie et les vicissitudes ?
Par Alpages, mercredi 19 juillet 2006 à 10:12 :: General :: #11 :: rss
Voici une petite sélection de vidéos glanées sur Internet, et qui nous paraissent correspondre à la vision du CED.
Cette interview d'Etienne Klein, physicien au CEA, serait non seulement utilisable pour alimenter la réflexion d'élèves de Terminales sur les sciences, mais elle comporte également une partie qui doit intéresser tout créateur potentiel d'une vidéo d'histoire des sciences, qui est une priorité du CED (vous pouvez soumettre des scénarios et nous pourrons investir pour produire ceux qui nous paraissent les meilleurs). Ce que dit Etienne Klein, c'est que la science a laissé du terrain à un relativisme dangereux, notamment parce que l'histoire des sciences a été présentée de façon trop idéalisée, pure, comme résultant d'éclairs de génie, alors qu'elle comporte dans ses phases de découverte des éléments tortueux et irrationnels (pensons au rôle de l'alchimie, à l'invention de l'intégration par Leibniz, etc).
Cette vérité correspond à ce que nous dit Catherine Rougeot dans notre vidéo sur les vocations scientifiques : la science c'est être très rigoureux, et donc c'est avoir aussi la rigueur de reconnaître que le cheminement de la recherche demande des "idées folles", qui ne deviennent scientifiques que lorsqu'elles sont vérifiées, discutées, intégrées à un modèle cohérent. Cela peut rappeler Poincaré, qui disait que même les mathématiques ne sont pas purement déductives dans la Science et l'Hypothèse.
Cette opinion concernant le développement de la science n'est absolument pas nouvelle chez les scientifiques et philosophes. Elle s'oppose plutôt aux tendance de la science triomphante du XIXème-XXème siècles. La critique du génie peut être générale, et on la trouve par exemple dans ces deux textes fameux de Nietzsche, extraits de Humain, trop Humain.
Croyance à l'inspiration. Les artistes ont quelque intérêt à ce qu'on croie à leurs intuitions subites, à leurs prétendues inspirations ; comme si l'idée de l'oeuvre d'art, du poème, la pensée fondamentale d'une philosophie tombaient du ciel tel un rayon de la grâce. En vérité, l'imagination du bon artiste, ou penseur, ne cesse pas de produire, du bon, du médiocre et du mauvais, mais son jugement, extrêmement aiguisé et exercé, rejette, choisit, combine ; on voit ainsi aujourd'hui, par les Carnets de Beethoven, qu'il a composé ses plus magnifiques mélodies petit à petit, les tirant pour ainsi dire d'esquisses multiples. Quant à celui est moins sévère dans son choix et s'en remet volontiers à sa mémoire reproductrice, il pourra le cas échéant devenir un grand improvisateur ; mais c'est un bas niveau que celui de l'improvisation artistique au regard de l'idée choisie avec peine et sérieux pour une oeuvre. Tous les grands hommes étaient de grands travailleurs, infatigables quand il s'agissait d'inventer, mais aussi de rejeter, de trier, de remanier, d'arranger. NIETZSCHE Humain, trop humain, §. 155
L'activité du génie ne paraît pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent de l'activité de l'inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maître en tactique. Toutes ces activités s'expliquent si l'on se représente des hommes dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d'observer diligemment * leur vie intérieure et celle d'autrui, qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens. Le génie ne fait rien que d'apprendre d'abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme. Toute activité de l'homme est compliquée à miracles, non pas seulement celle du génie, mais aucune n'est un "miracle". D'où vient donc cette croyance qu'il n'y a de génie de chez l'artiste, l'orateur et le philosophe ? qu'eux seuls ont une « intuition » ? Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréables et où ils ne veulent pas d'autre part éprouver d'envie. Nommer quelqu'un « divin », c'est dire "ici nous n'avons pas à rivaliser". En outre, tout ce qui est fini, parfait, excite l'étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or, personne ne peut voir dans l'oeuvre de l'artiste comment elle s'est faite ; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi... NIETZSCHE Humain, trop humain, I, Chap. IV, aph. 162
Cette interview d'Etienne Klein, physicien au CEA, serait non seulement utilisable pour alimenter la réflexion d'élèves de Terminales sur les sciences, mais elle comporte également une partie qui doit intéresser tout créateur potentiel d'une vidéo d'histoire des sciences, qui est une priorité du CED (vous pouvez soumettre des scénarios et nous pourrons investir pour produire ceux qui nous paraissent les meilleurs). Ce que dit Etienne Klein, c'est que la science a laissé du terrain à un relativisme dangereux, notamment parce que l'histoire des sciences a été présentée de façon trop idéalisée, pure, comme résultant d'éclairs de génie, alors qu'elle comporte dans ses phases de découverte des éléments tortueux et irrationnels (pensons au rôle de l'alchimie, à l'invention de l'intégration par Leibniz, etc).
Cette vérité correspond à ce que nous dit Catherine Rougeot dans notre vidéo sur les vocations scientifiques : la science c'est être très rigoureux, et donc c'est avoir aussi la rigueur de reconnaître que le cheminement de la recherche demande des "idées folles", qui ne deviennent scientifiques que lorsqu'elles sont vérifiées, discutées, intégrées à un modèle cohérent. Cela peut rappeler Poincaré, qui disait que même les mathématiques ne sont pas purement déductives dans la Science et l'Hypothèse.
Cette opinion concernant le développement de la science n'est absolument pas nouvelle chez les scientifiques et philosophes. Elle s'oppose plutôt aux tendance de la science triomphante du XIXème-XXème siècles. La critique du génie peut être générale, et on la trouve par exemple dans ces deux textes fameux de Nietzsche, extraits de Humain, trop Humain.
Croyance à l'inspiration. Les artistes ont quelque intérêt à ce qu'on croie à leurs intuitions subites, à leurs prétendues inspirations ; comme si l'idée de l'oeuvre d'art, du poème, la pensée fondamentale d'une philosophie tombaient du ciel tel un rayon de la grâce. En vérité, l'imagination du bon artiste, ou penseur, ne cesse pas de produire, du bon, du médiocre et du mauvais, mais son jugement, extrêmement aiguisé et exercé, rejette, choisit, combine ; on voit ainsi aujourd'hui, par les Carnets de Beethoven, qu'il a composé ses plus magnifiques mélodies petit à petit, les tirant pour ainsi dire d'esquisses multiples. Quant à celui est moins sévère dans son choix et s'en remet volontiers à sa mémoire reproductrice, il pourra le cas échéant devenir un grand improvisateur ; mais c'est un bas niveau que celui de l'improvisation artistique au regard de l'idée choisie avec peine et sérieux pour une oeuvre. Tous les grands hommes étaient de grands travailleurs, infatigables quand il s'agissait d'inventer, mais aussi de rejeter, de trier, de remanier, d'arranger. NIETZSCHE Humain, trop humain, §. 155
L'activité du génie ne paraît pas le moins du monde quelque chose de foncièrement différent de l'activité de l'inventeur en mécanique, du savant astronome ou historien, du maître en tactique. Toutes ces activités s'expliquent si l'on se représente des hommes dont la pensée est active dans une direction unique, qui utilisent tout comme matière première, qui ne cessent d'observer diligemment * leur vie intérieure et celle d'autrui, qui ne se lassent pas de combiner leurs moyens. Le génie ne fait rien que d'apprendre d'abord à poser des pierres, ensuite à bâtir, que de chercher toujours des matériaux et de travailler toujours à y mettre la forme. Toute activité de l'homme est compliquée à miracles, non pas seulement celle du génie, mais aucune n'est un "miracle". D'où vient donc cette croyance qu'il n'y a de génie de chez l'artiste, l'orateur et le philosophe ? qu'eux seuls ont une « intuition » ? Les hommes ne parlent intentionnellement de génie que là où les effets de la grande intelligence leur sont le plus agréables et où ils ne veulent pas d'autre part éprouver d'envie. Nommer quelqu'un « divin », c'est dire "ici nous n'avons pas à rivaliser". En outre, tout ce qui est fini, parfait, excite l'étonnement, tout ce qui est en train de se faire est déprécié. Or, personne ne peut voir dans l'oeuvre de l'artiste comment elle s'est faite ; c'est son avantage, car partout où l'on peut assister à la formation, on est un peu refroidi... NIETZSCHE Humain, trop humain, I, Chap. IV, aph. 162
Commentaires
1. Le mercredi 19 juillet 2006 à 10:26, par Alpages
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