Bonjour,
Je suis réalisateur au Canal Educatif, qui vient de lancer une campagne de mécénat originale pour produire et diffuser des films éducatifs.
Nous avons reçu une question d'un internaute, qui nous paraît soulever une vraie question intéressante, notamment sur le fait de savoir en quoi une activité qui ne relève pas de l'humanitaire mériterait des dons. Nous sommes tellement convaincus du sens de notre action, au vue des résultats produits, que nous sommes vraiment heureux de pouvoir le justifier rationnellement.
Nous reproduisons donc ci-après la question de l'internaute :« le budget de production correspond a la construction de combien de classes dans les pays du tiers monde? », et nous nous empressons de répondre...
De notre point de vue, la question en contient plusieurs :
1) Donner pour un film éducatif est-il aussi utile que donner pour l’enseignement ?
2) Vaut-il mieux donner pour le tiers-monde ?
A la première question, il faut considérer l’impact quantitatif et qualitatif d’un film.
D’un point de vue quantitatif, il est évident que la taille du public et la durée de son exploitation doivent plus justifier l’investissement. Au CED nous mesurons rigoureusement l’audience pour nous assurer que chacun de nos nouveaux films sera utile à des dizaines de milliers de spectateurs. C’est ainsi que le coût rapporté à l’audience d’un bon film finit par être très significativement inférieur au coût unitaire d’un enseignement en direct. Cela signifie que l’investissement dans un film éducatif qui peut coûter cher mais connaît beaucoup de succès a du sens d’un point de vue économique.
D’un point de vue qualitatif, il faut aussi prendre en compte le fait qu’un film éducatif de 26 min est le résultat d’une somme d’expertise, d’efforts d’enquête et de travail qui sont par nature bénéfiques à l’enseignement traditionnel ne serait-ce que parce que ces vidéos peuvent être utilisées en classe, parce qu’elles peuvent inspirer un enseignement et surtout parce qu’elles mobilisent des compétences rares qu’il est impossible de mutualiser autrement que grâce aux nouvelles technologies.
Ces deux réflexions montrent qu’il est indispensable de prendre en compte la variété et la dimension des effets d’une vidéo pour évaluer son véritable « retour sur investissement ». Il nous paraît clair qu’on ne doit pas investir dans une vidéo éducative –ne serait que 5.000 euros- pour toucher 10.000 personnes.
A la seconde question, nous serons plus « radicaux ».
D’une part pour dire qu’à l’époque d’Internet la diffusion des contenus dépasse les frontières (20% en dehors de France pour le CED), et donc que les productions sont effectivement utiles en dehors de France. Saviez-vous que Marrakech figurait dans le top 10 des villes les plus connectées au CED ?
D’autre part pour dire que le temps où la France pouvait regarder les systèmes éducatifs étrangers « de haut » est révolue : même si cela n’est pas médiatique, le CED existe aussi et avant tout pour servir des Français d’origine modeste et même de la classe moyenne qui pâtissent d’inégalités profondes en termes d’accès à la culture artistique, économique ou scientifique, et donc de réussite scolaire. Si nous ne nous contentions que de stimuler leur goût des savoirs, leur curiosité, nous serions satisfaits, ne serait que parce qu’ils seront plus forts, et qu’on aide d’autant mieux les autres pays qu’on est plus fort, plus compétent et plus éclairé.
Voilà, nous ne sommes pas rentrés dans le débat exact concernant la "construction d'écoles" (qu'il ne s'agit pas que de construire mais de faire fonctionner quotidiennement avec des professeurs et des personnes formés), mais cette réponse vous permettra d'apprécier que la création de vidéos éducatives élaborées ne relève pas du tout du luxe. Quand on s'y prend bien on finit par être apprécié et utile à beaucoup du monde.
Peut-être qu'une autre question nous donnera l'occasion de justifier le coût d'une vidéo (qui est extrêmement variable), mais nous voulions déjà insister sur le "retour sur investissement".
Erwan Bomstein-Erb.